Dansent les filles du vent et du soleil
Publié le 8 Novembre 2015
La relation entre les graminées et les jardiniers est une longue histoire qui ne cesse de se renouveler. Tantôt maitrisée, choyée, tondue, elle se déroule en vert tapis. Tantôt haïe, traquée dans les moindres recoins du massif, elle finit dans le pourrissoir ou sur le bûcher. L'homme qui refusait de la voir s'insérer entre les pavés, la célèbre aujourd'hui au coeur de la cité et la laisse librement pousser. C'est au moment où elle agonise sous les pesticides qu'on lui laisse refaire le paysage urbain comme le souvenir lointain d'une nature qui nous était complice.
Il en est de même au jardin où le vent de la modernité s'associe à celui de la diversité et désormais fait danser les graminées.
On la retrouve dans les potées d'hiver en compagnie des heuchères.
Dans une autre potée, un lierre surgit de la chevelure bronze d'un carex comans, une scène intemporelle pour les quatre saisons.
Dans les graviers, c'est la rencontre contrastée entre des carex Ever Gold et des ophiopogons nigrescens.
Dans un massif de clairière les épis marbrés du carex plantaginea rythment l'avant scène.
Isolé dans un massif, le deschampsia fait flotter ces épis tôt dans l'été
et dévoile pour qui s'en approche en juin la délicatesse de sa floraison.
La diversité du genre ne se limite pas au port et à la floraison car les graminées savent aussi oser la couleur. On les voulait bleues et elles ont joué le jeu.
La variété Blue Intense de la fétuque est particulièrement intéressante car elle ne se creuse pas au centre et a une excellente résistance dans le temps.
Au détour du Taillis, telle une vision et comme électrisé par un rayon de soleil, le miscanthus Morning Light apparaît.
De leurs épillets nouvellement dressés quelques miscanthus Yaku Jima arborent dans le paysage une frise légère et dorée et ajoutent au massif une nouvelle dimension.
Comme une vague écumante, un miscanthus gracillimus semble s'être jeté sur la pointe d'un massif.
Plus tardifs les miscanthus Morning Light nous offrent dans la douceur automnale de novembre les délicates ciselures cuivrées de leurs épillets.
Lorqu'elles se regroupent et décident d'occuper le paysage, un vent de naturalisme souffle dans les massifs
et dynamise le paysage de leur graphisme.
Cette année, nous avons accueilli des panicum virgatum Squaw et déjà nous sommes séduits par la broderie de leurs floraisons.
Plantée déjà depuis une dizaine d'années, la stippa gigantea honore de sa magnificence l'espace japonisant.
Au coeur de l'hiver et dans le dépouillement général, comme les fumerolles d'un été consumé, elles affrontent la bise.