Dans la folle course d'Appolon
Publié le 13 Juillet 2015
C'est avec quelques semaines d'avance que le jardin vit le temps des moissons. Les jardiniers récoltent en brassées les hampes séchées et défleuries des vivaces et des rosiers.
Des pans entiers de massifs se transforment en chaumes tandis que la colonne de mercure ne cesse de grimper dans une atmosphère asséchante. Heureusement des arbustes comme les kolkwitzias, les spirées, les bruyères ont la sobriété des chameaux tout comme les roses trémières qui se jouent des rayons brûlants.
Comme transportée par les alizés, le sud s'installe dans des coins du jardin. Les agapanthes ainsi que le phormium qui fleurit pour la première fois apportent leur saveur exotique.
Dans la gravière ombrée, les plantes ne semblent pas encore souffrir de la sécheresse mais pour combien de temps encore ?
Pour l'instant rien ne vient troubler les ramures persistantes de l'eucalyptus, des conifères, des ilex et des osmanthus et pas de coup de soleil pour le cotinus Grace, alors que le chemin herbu se fait paillasson.
Sous la protection de l'arche de l'éternité, les rosiers Rush et Fairy poursuivent imperturbablement leurs floraisons sans eau et sous la canicule.
Dans la Lande, gauras et graminées batifolent en liberté éclaboussées de la lumière de l'été.
Mieux vaut avoir les pieds dans l'eau doivent se dire les consoudes et les joncs.
La chaleur exceptionnelle de juillet a donné des ailes à la clématire Golden Tiara qui s'en est allée conter fleurette à l'hydrangea Endless Summer.
Une rencontre tout en légèreté entre les fleurs virevoltantes des gauras et le graphisme coloré des aulx sphaerocephalum.
Il arrive aussi que dans la Lande les petits aulx sphaerocephalum se dressent d'effroi en voyant surgir les spectres errants de quelques aulx Cristophii.
Durant la sieste, il arrive aussi que l'hémérocalle se laisse bercer dans le duvet du phlomis.
Un coussin de corymbes d'achilée au pied d'une touffe de pennisetum, elle est là la poésie d'une prairie d'été.
Telle une star, l'aralia variegata déploie ses éventails au risque de les brûler, heureusement que nous l'avions précautionneusement installé à mi-ombre.
Par contre pas de crainte de brûlure pour le Croscomia Lucifer !
Tandis que la Sanguisorba tenuifolia Alba semble tirer la langue,
la Véronique Fascination la darde vers le ciel.
Quant au jardinier, c'est un rêve d'eau qu'il fait chaque nuit.